Plantes & fertilité : lesquelles prendre, lesquelles éviter, et pendant la PMA ?
Les plantes, c'est souvent le premier réflexe quand on cherche à soutenir sa fertilité naturellement. On en entend parler partout — sur les réseaux, dans les groupes de soutien, entre copines. Gattilier, framboisier, achillée millefeuille, alchémille, mauve… Mais est-ce qu'on sait vraiment pourquoi on les prend ? À quel moment du cycle ? Et si elles sont compatibles avec un protocole PMA ?
Dans cet épisode de Confidences Fertiles, je réponds à toutes vos questions plantes. Celles qui reviennent le plus souvent, encore et encore. Je suis naturopathe, mais avant tout herboriste — c'est ma première formation, ma première passion, et c'est avec ce regard-là que j'aborde cet épisode.
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Les feuilles de framboisier favorisent-elles vraiment la fertilité ?
C'est une des questions qui revient le plus souvent. Et la réponse mérite d'être nuancée. Les feuilles de framboisier sont toniques utérines et reminéralisantes. Elles soutiennent la tonicité de la muqueuse utérine et accompagnent l'utérus dans l'action de ses spasmes, que ce soit pendant les règles pour fluidifier un flux trop léger, calmer des douleurs, ou en seconde partie de cycle face à des spottings qui signalent un manque de tonicité.
Est-ce qu'elles favorisent directement la fertilité ? Pas de façon magique, non. Mais si l'utérus manque de tonicité, il sera moins accueillant pour l'embryon, et la muqueuse aura plus de mal à s'épaissir. C'est par cette action indirecte que les feuilles de framboisier participent à créer un environnement favorable à la nidation.
Une précision importante : tonique utérin ne veut pas dire contractant à tout prix. Si l'utérus est trop tonique, la plante peut aussi aider à le calmer. C'est cette capacité d'adaptation qui la rend si intéressante.
Et non, les feuilles de framboisier en fin de grossesse ne déclenchent pas l'accouchement. Elles préparent le muscle utérin, comme on entraînerait un muscle avant un effort intense. Rien de plus.
Le gattilier : une plante puissante à ne pas prendre seule
Le gattilier (Vitex agnus-castus) est partout sur les blogs et les réseaux. Et pour cause : il est progestérone-like, il stimule la production de progestérone au niveau de l'axe hypothalamo-hypophysaire, donc au niveau du cerveau. Comme on sait que la progestérone est essentielle pour démarrer une grossesse, il est naturellement très recommandé.
Mais voilà ce qu'il faut comprendre : si tu as une fragilité au niveau de l'hypothalamus ou de l'hypophyse, le gattilier n'est pas une plante à prendre seule, sans accompagnement. Son impact n'est pas négligeable.
Il peut aussi faire baisser la testostérone. Et oui, nous en avons besoin, même en tant que femmes. Et il peut abaisser la LH, ce qui peut perturber le cycle si le contexte n'est pas adapté.
Je le préfère en gouttes plutôt qu'en infusion, les graines de gattilier sont difficiles à trouver, et les gouttes permettent un dosage beaucoup plus précis.
Achillée millefeuille : ce qu'elle fait vraiment pour l'ovulation
C'est une de mes plantes préférées, que je prends personnellement depuis des années en début de cycle. Elle est anti-inflammatoire, décongestionnante, emménagogue : elle favorise les flux légers, calme les douleurs en début de cycle et soutient la phase folliculaire.
Est-ce qu'elle augmente directement la qualité de l'ovulation ? Non, pas directement. Mais elle soutient l'environnement dans lequel l'ovulation se produit. Moins d'inflammation pelvienne, c'est des ovocytes moins exposés au stress oxydatif, mieux nourris en micronutriments, et donc potentiellement de meilleure qualité.
Je l'utilise de la fin des règles jusqu'à l'ovulation. On l'arrête dès que la grossesse est confirmée, et on l'évite en cas d'allergie aux astéracées.
Attention à la confusion fréquente : achillée millefeuille ≠ alchémille. Les noms se ressemblent énormément mais ce sont deux plantes très différentes.
Alchémille : la plante de la seconde partie de cycle
L'alchémille, elle, agit plutôt en deuxième partie de cycle. Elle est progestérone-like comme le gattilier, mais son action se situe au niveau ovarien — pas au niveau du cerveau. Elle est donc plus douce, plus facile à prendre seule.
Elle a aussi une action décongestionnante et cicatrisante au niveau utérin. Tout ce qui touche à l'endométriose, aux fibromes, aux polypes, à un curetage — elle est particulièrement précieuse dans ces contextes. Après un curetage, je la préfère en infusion, pour sa douceur. Pour booster la progestérone, je la préfère en gouttes pour un dosage plus précis.
Est-ce qu'elle est utile en plus du Progestan ou de l'Utrogestan ? Le Progestan se suffit à lui-même sur le plan hormonal. Mais l'alchémille apporte d'autres actions — décongestion pelvienne, cicatrisation — qui peuvent rester pertinentes même avec une progestérone bioidentique prescrite. À discuter avec son équipe médicale pour bien calibrer les deux.
Les tisanes "fertilité" du commerce : mon avis franc
Je ne suis pas fan. Pas parce que les plantes qu'elles contiennent sont mauvaises — si elles sont bio, bien récoltées, la qualité peut être correcte. Mais parce que ces mélanges essaient d'agir sur tout à la fois, sans tenir compte de votre cycle, de votre terrain, de votre profil.
Souvent on y trouve une plante de début de cycle et une plante de fin de cycle, avec la consigne de le prendre sur tout le cycle. Ce n'est pas cohérent. Et si quelque chose vous gêne, impossible de savoir laquelle est en cause.
Je préfère largement une à deux plantes bien ciblées, bien dosées, adaptées à votre contexte spécifique. C'est moins glamour qu'un joli packaging, mais c'est infiniment plus efficace.
La mauve : la plante de la glaire cervicale
La mauve est une de mes plantes fétiches, et pourtant elle est peu connue. Ses fleurs sont riches en mucilages — ces fibres végétales qui hydratent et protègent les muqueuses. C'est par cette action qu'elle peut améliorer la visibilité de la glaire cervicale, surtout s'il y a une tendance à la sécheresse.
Elle est aussi très intéressante pour la constipation, en apportant de l'hydratation au niveau du côlon.
Deux précisions importantes : uniquement les fleurs, pas les feuilles. Et uniquement en infusion — c'est la seule forme qui permet d'extraire les mucilages. En bonus, elle donne une magnifique couleur mauve dans la tasse.
Gemmothérapie : framboisier, figuier, cassis
La gemmothérapie, ce sont les bourgeons des plantes récoltés au printemps, macérés dans de la glycérine, de l'eau et de l'alcool. On a découvert que le bourgeon concentre souvent plus de principes actifs que le reste de la plante — c'est tout l'intérêt de cette approche.
Le bourgeon de framboisier a une action sur la régulation du cycle, particulièrement efficace sur les cycles longs qui ont du mal à déclencher l'ovulation.
Le bourgeon de figuier est l'antitraumatique émotionnel de la gemmothérapie. Idéal quand le stress impacte aussi le digestif.
Le bourgeon de cassis est un puissant anti-inflammatoire, utile aussi pour moduler la réponse immunitaire et accompagner les terrains allergiques. Il a également une action modulatrice sur le cortisol.
En pratique : 5 à 15 gouttes par jour dans un verre d'eau, avec des pauses thérapeutiques — soit trois semaines sur quatre, soit cinq jours sur sept. Plusieurs plantes en gemmothérapie peuvent se mélanger dans le même verre.
Plantes et PMA : ce qu'on garde, ce qu'on arrête
C'est une des questions les plus fréquentes, et je comprends pourquoi — le moindre faux pas peut bousculer tout un calendrier.
Les grandes règles :
On arrête toutes les plantes à action hormonale œstrogénique. En protocole PMA, vous êtes déjà très stimulée en œstrogènes — on ne veut pas risquer une hyperstimulation.
On évite tout ce qui stimule le foie et favorise la détoxification. Accélérer l'élimination des toxines, c'est aussi accélérer l'élimination des médicaments — et ce n'est pas ce qu'on veut pendant un protocole.
Ce qu'on peut garder : les plantes apaisantes pour le système nerveux, les plantes digestives, et les plantes anti-inflammatoires — surtout s'il y a un terrain inflammatoire préexistant.
En cas de doute, écrivez-moi. Je préfère répondre à une question hors accompagnement plutôt que laisser quelqu'un faire une erreur qui perturbe son protocole.
Peut-on prendre les plantes en continu ?
Non — et c'est vrai pour les plantes comme pour les compléments, comme pour les médicaments. Le corps s'habitue. Les pauses thérapeutiques sont essentielles pour lui permettre de refonctionner seul.
Si vous prenez une plante depuis plus d'un an sans interruption, elle n'a probablement plus beaucoup d'effet. Les vacances d'été sont un bon moment pour marquer une pause, ou simplement quand vous intégrez de nouvelles plantes à votre routine.
Quelques interactions à connaître
Les plantes riches en tanins, comme le thé vert, réduisent l'absorption du fer. Ne prenez pas votre complément de fer avec votre thé.
Les plantes drainantes peuvent accélérer l'élimination de vos compléments, à surveiller si vous avez des reins fragiles ou si vous vous hydratez peu.
L'argile verte doit être prise à distance des compléments, car elle absorbe aussi bien les toxines que les principes actifs que vous cherchez à assimiler.
Préparer ses infusions : les bases
Une à trois tasses par jour, pas plus. Une cuillère à café pour les graines, une cuillère à soupe pour les feuilles ou fleurs selon les besoins.
L'eau ne doit pas être bouillante, idéalement 85 à 90°C pour préserver les principes actifs. Infusion couverte, 5 à 10 minutes. Le couvercle est essentiel : sans lui, les huiles essentielles s'évaporent avec la vapeur et vous perdez une partie de ce que vous cherchez.
Et pour monsieur ?
La fertilité c'est aussi l'affaire de monsieur — et les plantes peuvent l'aider aussi.
Pour la concentration (oligospermie) : maca, tribulus, bourgeon de séquoia, chêne. Et attention à la chaleur excessive — sauna quotidien, douches très chaudes, vêtements trop serrés.
Pour la mobilité (asthénospermie) : cassis, tribulus, maca, ashwagandha.
Pour la vitalité (nécrospermie) et la morphologie (tératospermie) : ashwagandha, maca, cassis.
La maca et l'ashwagandha sont des adaptogènes — elles s'adaptent aux besoins du corps et agissent en modulateur global. Elles reviennent souvent parce qu'elles sont pertinentes dans beaucoup de tableaux cliniques.
En résumé
Les plantes sont des alliées puissantes. Mais elles ne remplacent pas un accompagnement personnalisé. Deux femmes avec les mêmes règles abondantes n'ont pas forcément la même cause — et donc pas la même réponse.
Si vous avez des questions, vous pouvez m'écrire sur Instagram @marion_naturo_fertilité ou directement via whatsapp en bas de la page :). Et si vous voulez aller plus loin, vous trouverez ici toutes les informations sur mes accompagnements.
